Village saint-pée sur nivelle

La bataille de la Nivelle

Retour au patrimoine de St Pée

Saint-Pée-sur-Nivelle : théâtre d'une bataille historique,
première défaite des troupes napoléoniennes

En 1808, Joseph, frère de Napoléon, devient Roi d'Espagne et des Indes. Diplomate et séducteur, Joseph essaye en vain d'amadouer ses sujets. Ceux-ci ne lui reconnaissent pas de légitimité. Entouré d'une cour française et de la noblesse espagnole qui a épousé sa cause, il s'adonne à de multiples fêtes et conquêtes féminines. Mais, il n'est pas reconnu comme l'un de leurs paires par les militaires et les généraux n'en font qu'à leur tête. Le duc de Wellongton à la tête d'une armée anglaise, portugaise et espagnole, profite de cette désorganisation pour prendre le contrôle de la péninsule. Joseph doit quitter Madrid.

A Victoria, le 21 juin 1813 les troupes françaises essuient une terrible défaite, perdent leur artillerie et abandonnent les femmes de la cour, les laissant à la mercie de l'ennemi. Joseph s'enfuit à cheval avec quelques membres de sa garde, abandonnant argent, papiers et documents secrets. Pendant une semaine il erre dans el Nord de l'Espagne, comme s'il voulait ne pas la quitter, puis s'établit son quartier général à St-Jean-de-Luz et brusquement, le 8 juillet décide de s'installer à Saint-Pée, à la maison Zugarreta du quartier d'Helbarron, chez le maire-adjoint Jean Blaise Goyenetche.

maison Zugarreta du quartier d'Helbarron

Maison Zugarreta de Jean Blaise Goyenetche, quartier d'Helbarron, dans laquelle résida Joseph Bonaparte

Jean Blaise Goyenetche et l’hospitalité basque

Jean Blaise est né le 2 février 1778 à Saint-Pée, à Zugarreta. Ses qualités de fermeté et de persévérance ajoutées à un bonne éducation le font remarquer au sein de la jeunesse. Aussi quand Napoléon se rend à Bayonne en 1808, il est nommé lieutenant de la Garde basque.

  Lorsque la guérilla espagnole contre les troupes napoléoniennes se fait plus pressante, les communes frontalières organisent des colonnes mobiles dont le commandement pour Saint-Pée est confié à Jean Blaise. Son intervention est décisive lors de l’incursion à Sare d’une troupe de guérilleros espagnols le 8 Octobre 1812.

Le 28 juin 1813, quand le roi Joseph, le frère aîné de Napoléon chassé d’Espagne se retire à Saint-Jean-de-Luz, il fait la connaissance de Jean Blaise.

Le 3 juillet 1813, il le nomme chef adjoint des gardes nationaux pour l’ensemble des villages de l’arrondissement de Bayonne. Il le charge également d’organiser les éclaireurs de son armée. Le 8 juillet, il lui demande l’hospitalité dans sa maison de Saint-Pée. C’est là qu’il recevra la lettre de désaveu de Napoléon lui demandant de mettre tous ses hommes en armes aux ordres de son pire ennemi, le maréchal Soult. Quelques jours plus tard, il prend congé de son hôte et lui offre un somptueux cadeau en remerciement de son hospitalité : son cheval de guerre tout harnaché. Jean Blaise reste dans l’armée jusqu’à la chute de Napoléon, puis rentre chez lui avec une quinzaine de lettres flatteuses de plusieurs généraux d’empire.

De 1821 à 1834 il est le maire de Saint-Pée.

En 1839, il accueille don Carlos, prétendant malheureux à la couronne d’Espagne, à Dancharria en compagnie du comte Harispe. Il loge le réfugié dans sa maison natale où il avait reçu 26 ans plus tôt le roi Joseph. Le premier hôte lui avait offert son cheval, le second lui donne deux pistolets à la crosse incrustée d’argent.

Carte de déploiement des forces de la bataille de la Nivelle

Jean Blaise Goyenetche

10 novembre 1813 prise du Pont d'Amotz

Le 10 novembre 1813, 40 000 alliés se lancent à l’assaut des positions françaises entre Sare et Ainhoa. En face, 17 000 combattants seulement. Les redoutes de Santa Barbara et Grenada qui commandaient l’entrée du village de Sare sont investies par les troupes des généraux anglais Cole et Le Cor. Le général Conroux replie ses unités sur les ouvrages mis en œuvre le long de la Nivelle. La division anglo-portugaise du général Colville se trouve bloquée par la tranchée d’Arrosa et des abattis établis sur une longueur de plus d’un kilomètre. Cette ligne de défense est défendue avec acharnement par les troupes de Conroux, appuyée par des tirs en enfilade. L’objectif ennemi est de s’emparer du pont d’Amotz, véritable nœud de communication de la gauche et du centre français.

Conroux tient courageusement la position. Les combats sont féroces et les morts se comptent par centaines. Après deux échecs, la brigade anglaise Keane s’empare de la ligne de défense. Le général Conroux est mortellement blessé d’un coup de feu à la poitrine, à proximité du pont d’Amotz. Privées de leur chef, les troupes françaises se retirent sur Saint-Pée.

Les troupes alliées franchissent le pont d’Amotz, débordant ainsi sur la droite celles du général Drouet d’Erlon.

Du pont d’Amotz au col de Pinodieta s’étend une suite de collines que l’on a coutume d’appeler « barre d’Amotz ». Cinq redoutes échelonnées sur les communes de Saint-Pée, d’Ainhoa et de Souraïde défendent ce secteur. Le général Darmagnac assure le commandement des 3 redoutes établies sur le territoire de Saint-Pée. Face au nombre croissant des assaillants, le général Chasse, qui défend la redoute du pont d’Amotz, doit abandonner la position. Les autres  défenseurs de la barre d’Amotz, faute de réserves, doivent également évacuer les crêtes et font retraite les unes vers le camp d’Habancen au dessus de Saint-Pée, les autres vers Espelette et Cambo.

Principe de défense de la redoute
Principe de défense de la redoute
La redoute est un système de fortification consistant généralement en un emplacement fortifié défensif. Depuis le début de la révolution, de nombreuses redoutes avaient été construites le long de la frontière pour se protéger des incursions espagnoles. Constuites en général sur un surplomb, elles sont entourées d'un fossé dont la terre est utilisé pour ériger une butte de protection pour la garnison chargée de sa défense.
Les abattis, un système de défense des redoutes
La progression des soldats ralentie par les abattis
Carte de déploiement des forces de la bataille de la Nivelle

Carte du déploiement des forces lors de la bataille de la Nivelle

Le général Conroux de Pépinville

Il prend part aux guerres de la Révolution avant de devenir aide de camp du général Bernadotte, le futur roi de Suède.

Il sert à l’armée du Rhin puis à l’armée d’Italie. Ses chefs reconnaissent en lui « un esprit discipliné et des talents certains pour l’administration d’un corps, accompagnés d’un absolu dévouement ».

Il sert en Autriche au 3ème corps de la Grande Armée où son régiment participe à la déroute d’un corps russe.

Nommé général de brigade en 1806, il se couvre de gloire à la bataille de Friedland.Napoléon le crée baron de l’Empire en1808.

En 1809, il se distingue à la bataille de Wagram, puis il prend le commandement de la 2ième division du 9ième corps de l’armée d’Espagne, le 26 mars 1810.

Le 31 mai 1812, il met en fuite le général espagnol Ballesteros  et capture 600 de ses hommes, des pièces de canons et 2 drapeaux.

En juillet 1813, il est intégré dans l’armée des Pyrénées, réorganisée par le maréchal Soult. Il commande la 4ième division du centre sous les ordres du général Clausel.

Le 10 novembre 1813, lorsque Wellington lance ses troupes à l’assaut de la ligne de défense de la Nivelle, ce sera la fin de ce vaillant soldat.
Les Français se battent avec acharnement et refoulent deux assauts avant que les troupes alliées du général Colville ne parviennent avec beaucoup de difficulté à forcer leurs lignes de défense.

Devant le pont d’Amotz, Conroux avec son intrépidité habituelle, encourage ses troupes du haut de son cheval pour enrayer l’avance de l’ennemi.
Vers 9h30, il est mortellement blessé d’un coup de feu à la poitrine. Transporté à Bayonne à l’église Saint Esprit, qui servait d’hôpital, le général Conroux y décèdera le lendemain. Son nom figure sur l’Arc de Triomphe à Paris.

Le presbytère : quartier général du marquis de Wellington

Cette maison, située à coté de la mairie, fut pendant quelques jours le quartier général du marquis de Wellington. Lors de la sanglante bataille de la Nivelle qui fit plus de cinq mille morts le 10 novembre 1813, il battit les troupes de Napoléon conduites par le maréchal Soult.

Il aurait du le lendemain, rejoindre Saint Jean de Luz pour s’installer dans le quartier général abandonné par le maréchal français. Celui-ci avait en effet fait reculer ses troupes vers Bayonne. Mais il décida de rester quelques jours de plus à Saint-Pée chez le curé Inda, royaliste convaincu qui l’hébergeait. Les deux hommes auraient eu de très longues conversations sur le rétablissement des Bourbons sur le trône de France et sur la meilleure stratégie pour obtenir la chute de l’Empereur.

Photo du presbytère de St Pée

A coté de la mairie, le presbytère

Jean Joseph Inda, curé de Saint-Pée, interlocuteur du marquis de Wellington vainqueur de la bataille de la Nivelle.

La signature de l’abbé Inda apparaît début 1804 sur les actes de la paroisse de Saint-Pée.

Né aux Aldudes le 15 août 1760, on ne le connaîtrait que par ces documents si l’Histoire ne l’avait mis au contact de Lord Arthur Wellesley, marquis de Wellington, ce que le Prince de Talleyrand-Périgord citera dans ses Mémoires.

La rencontre de ces deux interlocuteurs a eu des effets sur la suite des opérations militaires comme sur les choix politiques pour le futur gouvernement de la France. Tout au long de sa campagne en Espagne et jusqu’au désastre de l’armée française à Gazteiz, Wellington n’a eu de contact qu’avec les militaires de l’armée anglo-hispano-portugaise triomphante dont il était le chef. Entré en France, il se trouve bloqué à Saint-Pée par une crue de la Nivelle et s’installe au presbytère, chez le curé Inda. Parlant très bien le français, il retire de leurs entretiens que le peuple de France aspire à « un changement … comme un malade désire changer de position dans son lit avec l'espoir de trouver du soulagement ». Ce sera la base du plan militaire et politique que Wellington proposera pour la France.

Ce curé, « très populaire parmi les Basques », que les Mémoires de Talleyrand ont fait passer à l’Histoire sous le nom de Juda, comme on croit lire Inda sur l’acte manuscrit du décès, les deux lettres « In » étant semblables à « Ju ». Il mourut le 15/04/1814 « à 3 heures de la relevée » (après-midi) sans voir la chute définitive du « colosse », comme il appelait Napoléon.

Jean-Baptiste Detchevers, médecin et maire de Saint-Pée-sur-Nivelle

Il prend ses fonctions en 1800.

C'est à son initiative et sous sa responsabilité que sera établi le 1er plan cadastral de Saint-Pée en 1810. Au début de l’été 1813, les Français se sont retirés d’Espagne. Le général Soult renforce la ligne de défense de la Nivelle. Le nombre de soldats dépasse celui des villageois. Les troupes font preuve de la plus grande indiscipline et les actes de pillage pèsent lourdement sur la population. Le maire Detchevers écrit au sous préfet de Bayonne le 11 octobre, que les soldats assaillent les maisons faisant sauter les portes avec des leviers. Les demandes de Soult étant excessives, il en témoigne dans la même lettre : « Les diverses réquisitions qui me sont adressées sont au dessus de mes moyens ; vous en jugerez :

1°- Le maréchal m’invite à mettre à disposition de l’officier du génie, chargé des fortifications de Habecemborda, tous les hommes disponibles. 150 hommes de Saint-Pée y travaillent déjà !
2°- Le commissaire principal de guerre, me commande d’établir sur la place de Saint-Pée un parc de 12 voitures bouvières.
3°- Votre lettre me demande de fournir 10 voitures bouvières au parc d’Ustaritz.
4°- Je suis chargé d’alimenter 35 fours qui brûlent à Ibarron pour produire chaque jour 1200 rations de pain.
5°- Tous les deux jours, il me faut six voitures pour le transport des vivres de la gendarmerie sédentaire.
6°- Le transport des malades et blessés est un service éventuel, j’ai pour cela six voitures aujourd’hui à Bayonne.
7°- 45 individus sont en activité parmi les éclaireurs de la Garde Nationale. En plus, sept guides ont été choisis parmi les vieux ».

Le maire de Sare écrit pour sa part à la même époque que « nos soldats ne se comporteraient pas autrement s’ils voulaient nous faire souhaiter l’anéantissement de l’Empire et la chute de notre bien aimé monarque ».

Retour au patrimoine de St Pée